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Communiqué du RAM 93

RASSEMBLEMENT DES ASSOCIATIONS MUSULMANES DE SEINE-SAINT-DENIS

À Monsieur le Président de la République, à Monsieur le Premier ministre, à Monsieur le Ministre d’État, Ministre de l’Intérieur, et à Monsieur le Préfet de la Seine-Saint-Denis.

Il est des heures où le silence devient une faute, et où ceux qui croient en la France doivent à la France de faire entendre leur voix. Nous, responsables des associations cultuelles musulmanes de Seine-Saint-Denis, prenons aujourd’hui la parole pour dire, avec gravité et dans le respect des institutions, ce que portent en eux des millions d’hommes et de femmes
attachés à ce pays comme à leur propre maison.

La France est notre patrie. Nous y sommes nés, nous y avons grandi, nous y travaillons, nous y élevons nos enfants ; nous y prions, et c’est précisément parce que nous y prions librement que nous l’aimons. Notre foi n’est pas un retrait du monde commun, elle est une manière d’habiter ce monde avec exigence morale, avec humilité et avec le souci constant de la paix. Aimer Dieu et aimer la République ne sont pas, pour nous, deux fidélités concurrentes : ce sont deux versants d’une même droiture.

Pourtant, depuis plusieurs années, une longue suite de débats, de soupçons et de textes législatifs a fini par faire peser sur nos consciences un poids qu’il n’est plus possible de taire. À chaque tragédie, c’est notre confession que l’on convoque ; à chaque inquiétude, c’est sur nos lieux de culte que se porte le regard ; à chaque loi nouvelle, c’est nous, en définitive, que la République semble vouloir réassurer d’elle-même. Nous ne cherchons ni le ressentiment, ni la victimisation : nous disons simplement la fatigue d’une communauté de citoyens qui, depuis trop longtemps, se sent plus souvent désignée que reconnue.

Le texte qui sera examiné par le Sénat les 5 et 6 mai 2026 ravive cette blessure. Par son intitulé même, par l’esprit qui l’anime, il fait peser sur une foi entière le soupçon de la dissimulation, et sur des fidèles paisibles l’ombre d’une menace qu’ils ne portent pas. Il instaure, sans le dire toujours, une présomption de défiance ; et l’on sait, depuis Tocqueville comme depuis l’expérience de tous les peuples, qu’une République qui en vient à se défier d’une part d’elle-même affaiblit la confiance dont elle vit.

Que l’on nous comprenne bien. Nous ne défendons aucune dérive. Nous n’excusons aucune violence. Nous ne couvrons aucune idéologie de rupture. Nous affirmons, avec la même fermeté que les pouvoirs publics, que la radicalisation, l’extrémisme et le rejet de l’autre n’ont aucune place dans nos lieux de culte ni dans la cité. Mais nous refusons que le combat légitime contre une infime minorité serve à inquiéter une multitude, et que le visage de quelques égarés finisse par recouvrir, dans le regard public, celui de millions de citoyens loyaux.

Cette parole n’est pas le seul fait de la Seine-Saint-Denis. Elle traverse les mosquées et les associations cultuelles musulmanes de toute la France. Nous refusons, avec la plus grande fermeté, que des millions de citoyens français de confession musulmane — soignants, enseignants, fonctionnaires, militaires, ouvriers, artisans, entrepreneurs, étudiants — soient collectivement assimilés, par la loi de leur propre pays, à une menace. Une telle confusion entre l’exercice paisible d’un culte et de prétendues stratégies de dissimulation relève du procès d’intention ; elle est indigne du débat démocratique et offensante pour ceux qui, chaque jour, font vivre la République par leur travail, leur civisme et leur loyauté.

C’est pourquoi nous nous adressons solennellement aux plus hautes autorités de la République. Nous leur demandons de nous entendre — non comme une communauté à part, mais comme des concitoyens qui aspirent à être traités dans la dignité, l’égalité et la fraternité que la devise nationale promet à chacun. Nous leur demandons de préférer la concertation à la défiance, l’écoute à l’injonction, l’intelligence du réel à l’émotion du moment. Nous leur demandons de reconnaître que les musulmans de France ne sont pas un problème à résoudre : ils sont une part vivante de la Nation, et la Nation se grandira de le leur dire.

Nous formulons ce message dans la paix, avec responsabilité, avec respect, et avec cette espérance tranquille qui est celle des croyants attachés à la chose publique. Puisse-t-il être reçu dans le même esprit. Puisse la République, dont nous sommes les enfants, entendre cette voix comme la sienne.

Pour le Rassemblement des Associations Musulmanes de Seine-Saint-Denis,
La Présidence collégiale du RAM 93
Le 4 mai 2026